Historique de Fort San

Sanatorium situé dans la vallée Qu’Appelle, en Saskatchewan

 1911

­       Achat d’un terrain de 230 acres situé à cinq kilomètres au nord-ouest de Fort Qu’Appelle, sur la rive nord du lac Echo. Coût de la transaction : 8 250 dollars. Avec sa vue sur le lac, situé au sud, et son ensoleillement maximal, ce site est idéal pour la construction d’un sanatorium. L’endroit est protégé du vent du nord par les collines de la Vallée Qu’Appelle.

Le Dr M. M. Seymour, Commissaire à la santé de la Saskatchewan, demande 25 000 dollars au gouvernement pour la construction du sanatorium, de même qu’une subvention de 1 dollar par personne, par jour, pour défrayer les soins des patients.

­       Le taux de mortalité annuel dû à la tuberculose en Saskatchewan est de 350. Le nombre de cas possibles est estimé à 1 700 sur une population d’environ 492 000 habitants.

1913

­       Début de la construction du sanatorium.

1914

­       La construction est interrompue quand la Première Guerre mondiale éclate et que de nombreux hommes s’enrôlent dans l’armée.

1916

­       La construction de la résidence du directeur de l’établissement et  d’un premier pavillon est complétée en avril.

­       La Ligue antituberculeuse accepte d’accueillir les anciens combattants atteints de la tuberculose.

1917

­       Le Dr R. George Ferguson, du Manitoba, est nommé directeur médical par intérim pour une période de six mois, en attendant le retour du directeur en poste, le Dr William Hart, qui est en service outremer. À son retour au pays, ce dernier ne pourra reprendre ses fonctions en raison d’ennuis de santé et le Dr Ferguson demeurera en poste jusqu’à sa retraite, en 1948. Au cours de sa carrière, le Dr Ferguson s’est imposé comme un éducateur, un chercheur et un leader de calibre international.

­       Avant l’avènement de la pénicilline, le traitement de la tuberculose se résume à bien peu de choses : un mode de vie fait de repos, de bonne nourriture, d’air frais, d’espoir en l’avenir et d’une hygiène personnelle adéquate afin d’éviter la contagion.

­       Le sanatorium de Fort Qu’Appelle ouvre ses portes le 10 octobre. On y trouve six bâtiments : la maison du directeur médical, l’édifice administratif, deux pavillons accueillant les malades (23 et 24 patients respectivement), une centrale électrique et une grange.

­       Le jour de l’ouverture, le personnel comprenait entre 8 à 10 employés, selon les sources. Le Dr Ferguson (dont le salaire annuel était de 4 800 dollars), Mlle May Fraser, infirmière en chef (1 200 dollars par année), M. E. W. Miller, comptable (1 200 dollars par année), deux infirmières, Mlles Jennet et Wynn (780 dollars par année), Frank Shirtcliffe, ingénieur (1 200 dollars par année), un ou deux pompiers et un cuisinier.

­       Trois patients sont admis le jour de l’ouverture : Mlle Lilly Leslie, sténographe de Lebret, M. W. Herb Madden, voyageur de commerce de Saskatoon qui deviendra plus tard acheteur en chef au sanatorium, et le Caporal Lennie, de la Police montée du Nord-Ouest (devenue la GRC). À la fin du mois d’octobre, le sanatorium accueillait vingt patients.

­       Les heures de visite sont de 16 h à 17 h, et de 19 h à 20 h 30. Les visiteurs venus de loin – ce qui est le cas pour la plupart puisque Fort San est situé loin des grands centres – peuvent avoir droit à des permissions spéciales.

­       Tous les employés travaillent de 7 h à 19 h, y compris une pause de deux heures.

­       Le Dr Ferguson est de garde 24 heures par jour.

­       Les six premiers patients des Forces armées arrivent le 1er décembre. D’autres seront admis pratiquement chaque semaine au cours des deux années à venir.

­       À Noël, le sanatorium compte 40 patients.

­       La valeur totale de l’équipement médical est estimée à 21 606 dollars.

­       La valeur du terrain et des bâtisses est maintenant estimée à 244 254 dollars.

1918

­       En février, les 70 lits que compte le sanatorium sont occupés.

­       Création de la TB Soldier’s Welfare League (la Ligue sociale des soldats atteints de tuberculose), connue sous le nom de Tuberculosis Veterans’ Section of the Royal Canadian Legion n°74 (les Vétérans de la Légion royale canadienne atteints de la tuberculose, section n°74), affiliée aux Anciens combattants canadiens de la Grande Guerre.

­       La Ligue crée un club récréatif pour divertir les patients et le personnel. Elle fonde aussi une bibliothèque réservée aux patients, et publie le premier magazine du sanatorium qui deviendra The Valley Echo (L’Écho de la vallée) en 1920.

1919

­       Le 1er février, le Dr Robert Kirkby arrive à Fort San pour une affectation de trois mois afin d’aider le Dr Ferguson lors d’une épidémie de grippe. Le Dr Kirkby décidera d’y rester et épousera garde Marie Berg.

­       Mars marque le début des diagnostics par rayons X. Les plaques de verre utilisées à l’origine seront remplacées par des films à la fin de l’année.

­       Le sanatorium de Fort Qu’Appelle reçoit de la grande visite en la personne de Son Altesse Royale le prince de Galles, le futur roi Edward VIII.

­       Construction d’un édifice récréatif comprenant une cantine, une bibliothèque, des salles de lecture, de billard et de cartes, un salon de barbier ainsi qu’un amphithéâtre pouvant accueillir 300 personnes. Il a été inauguré au son de la musique de l’orchestre du sanatorium (il y en aura jusqu’à trois).

­       Trois patients sur quatre sont des vétérans.

­       Le quart des hommes atteints de tuberculose admis au sanatorium ont été exposés au gaz toxique au chlore à Ypres, en Allemagne, durant la guerre.

­       Ouverture du pavillon des enfants pouvant accueillir 40 jeunes patients.

­       Le personnel infirmier compte maintenant une infirmière en chef et 14 infirmières diplômées.

­       Le 8 octobre marque l’ouverture du Red Cross Lodge (pavillon de la Croix rouge) qui met 14 chambres à la disposition des visiteurs. La Croix rouge a versé 16 000 dollars pour la construction de ce pavillon.

1920

­       Le Dr Harvey Boughton, arrivé l’année précédente, devient directeur médical adjoint. Il fondera un orchestre comptant de 18 à 22 musiciens qui divertira tout le monde jusqu’en 1925.

­       Au début de la décennie, le sanatorium se dote de sa propre station de radio, grâce à l’ingéniosité de patients dont MM. Murphy et Milton Russell. Utilisant une antenne de 35 pieds attachée à un radiateur, et à plus de 900 mètres de fils électriques, qui courent le long des balcons, rattachés à des boutons de porcelaine. Chaque lit y était branché individuellement, malgré la résistance causée par les 80 casques d’écoute. La radio de Fort San ne faisait pas que capter la radio des grandes villes, elle produisait aussi sa propre émission mettant en vedette de talentueux patients.

­       La Loi sur les municipalités rurales de la Saskatchewan exige que chaque municipalité fasse une contribution annuelle de 100 dollars au sanatorium.

­       Introduction de la chirurgie dans le traitement de la tuberculose. Le pneumothorax, qui consiste en l’affaissement du poumon, sera utilisé avec modération jusqu’en 1924, mais davantage à compter de 1927.

­       Création du journal de Fort San, le mensuel The Valley Echo (10 cents l’exemplaire ou 1 dollar pour l’abonnement annuel). Le but de la publication est de susciter l’intérêt quant au bien-être et à la réhabilitation des soldats atteints de tuberculose, d’aider les patients civils, et d’éduquer la population en général sur la prévention de la tuberculose. Un des rédacteurs, P. Galway-Foley, a donné à la publication l’allure d’un tabloïd de première classe. Le tirage grimpera jusqu’à 500 copies mensuellement.

1921

­       Construction d’une buanderie, d’une maison pour le directeur du sanatorium et de sept maisonnettes destinées aux employés mariés.

­       22 juillet – Création par décret de la Commission antituberculeuse de la Saskatchewan. Les membres sont : A. B. Cook, président; Dr Ferguson, qui a organisé l’étude et écrit le rapport final; R. H. Brighton de Regina, un ancien patient et corédacteur de The Valley Echo, secrétaire; et J. F. Cairns, un homme d’affaires de Saskatoon.

1922

­       Construction de la résidence des infirmières.

1923

­       Construction du kiosque à musique devant le Pasqua Lodge, financé par Mlle McCullough, une patiente de Fort San.

1924

­       En janvier, le Dr George Wherritt se joint au personnel médical de Fort San après y avoir été interné de l’automne 1922 à l’été 1923.

1925

­       Depuis son ouverture en 1917, Fort San a admis 769 anciens combattants.

­       Les municipalités rurales de la province créent un fonds pour défrayer les soins de leurs résidants dans le besoin.

­       Première thoracoplastie, intervention qui consiste à faire l’ablation des côtes supérieures dans le but d’affaisser la paroi du thorax.

­       15 avril – Ouverture du sanatorium de Saskatoon sous la direction du Dr H. C. Boughton.

1926

­       7 septembre – Ouverture de l’école de Fort San qui peut accueillir 25 élèves, enfants des employés.

­       20 décembre – Ouverture du bureau de poste de Fort San.

­       L’endroit compte maintenant 17 maisons où résident des membres du personnel.

­       Ouverture du préventorium, endroit où les patientes peuvent dorénavant accoucher sans risquer de transmettre la tuberculose à leur bébé. L’endroit comporte une salle d’accouchement et peut accueillir six nourrissons. L’excellent état de santé des bébés, séparés de leur mère malade dès leur venue au monde, a permis au Dr Ferguson de démontrer que la tuberculose n’est pas une maladie héréditaire comme bien des gens le croyaient. Le premier enfant à voir le jour au préventorium sera Merlin Ferguson Stewart, le 6 avril de l’année suivante. Il sera le premier de nombreux enfants à être prénommés Ferguson en l’honneur du dévoué médecin.

1929

­       Le 1er janvier de cette année-là est une date historique. La Saskatchewan devient la première province en Amérique du Nord (huit ans avant toute autre) à rendre gratuits le dépistage et le traitement de la tuberculose. Le gouvernement libéral de James G. Gardiner est perçu comme le précurseur du système de soins de santé universel au Canada. Cette première entraîne un afflux de 296 nouveaux cas dans les sanatoriums de la province.

­       Fort San opère à pleine capacité avec 310 lits.

­       Essai d’une nouvelle technique chirurgicale consistant à comprimer le nerf phrénique (diaphragme) pour permettre au poumon de se reposer.

1930

­       En raison de la crise économique, le montant alloué au traitement des patients est réduit de 3,04 dollars à 2,92 dollars par patient par jour.

­       Le sanatorium de Prince Albert ouvre ses portes le 7 janvier avec à sa tête le Dr Kirkby.

­       Le Dr Ferguson est nommé directeur des services médicaux et directeur général des trois sanatoriums de la province. Le Dr Hamilton le remplace à la tête de Fort San.

1932

­       En raison de la crise économique, le Dr Ferguson annonce, au banquet du 1er janvier, qu’il accepte une coupure salariale de 18,75 %. De leur côté, les membres du personnel consentent à une coupure moindre.

1933

­       La dépression faisant toujours rage, les salaires sont réduits d’une autre tranche de 5%.

1935

­       Les choses vont de mal en pis et le salaire du Dr Ferguson est de nouveau réduit.

1936

­       Première bronchoscopie (examen permettant de voir l’intérieur des bronches et d’évaluer l’état des muqueuses) à Fort San.

1948

­       Le 12 septembre, après 31 ans de service, le Dr George Ferguson prend sa retraite. Il a de quoi être fier, car grâce à son travail acharné, la Saskatchewan est la championne de l’éradication de la tuberculose au pays.

­       Le Dr Orr succède au Dr Ferguson.

­       Espoir pour les tuberculeux : l’arrivée des antibiotiques.

1955

­       Le Dr Ferguson publie un livre intitulé Studies in Tuberculosis (Études sur la tuberculose), qui deviendra un classique de la médecine moderne.

­       Grâce à la détection précoce de la tuberculose, à l’isolement et aux antibiotiques, les patients sont traités moins longtemps et leur nombre décroît constamment.

1956

­       Le 16 août – Naissance de Wayne Okenay, dernier bébé à naître au préventorium.

­       Depuis l’ouverture du préventorium à la fin de 1926, 175 bébés y ont vu le jour.

­       Au total, 210 bébés ont séjourné au préventorium. Sur ce nombre, un seul d’entre eux a contracté la tuberculose.

1958

­       Le Dr Barrnett succède au Dr Orr.

­       Diminution du nombre de lits dans les sanatoriums en raison de l’efficacité des campagnes de vaccination (il y en a eu quatre à la grandeur de la province).

1961

­       Fermeture du sanatorium de Prince Albert.

1964

­       Décès du Dr George Ferguson le 1er mars. Il était âgé de 80 ans.

1967

­       Fort San n’opérant plus à pleine capacité, grâce aux avancées médicales, une partie du site accueille dorénavant l’école des arts d’été, sous la direction du Saskatchewan Arts Board. Cette école sera un locataire important de l’ancien sanatorium jusqu’en 1991, année où le gouvernement de la province mettra fin à son financement.

1972

­       Fort San ferme ses portes.

­       Le gouvernement de la Saskatchewan achète le sanatorium pour 1 dollar. Après d’importantes rénovations, l’endroit est converti en centre des congrès (Echo Valley Conference Centre), et est toujours utilisé l’été comme école des arts.

1978

­       Le sanatorium de Saskatoon ferme ses portes. La démolition complète suivra malgré les protestations des citoyens.

1990

­       Une entente est conclue avec le ministère de la Défense nationale et le début des années 1990 voit l’arrivée des cadets de la marine de Gimley, au Manitoba, qui deviennent les principaux locataires de Fort San.

2004

­       À la fin de l’été, le Echo Valley Conference Centre, anciennement Fort San, ferme définitivement ses portes après 87 ans d’existence. Avec un déficit d’exploitation accumulé d’un million de dollars, la province ne pouvait plus maintenir l’endroit ouvert.

Sources

Fort Qu’Appelle Sanatorium Annual Report (1918, 1919, 1920), Dr R. G. Ferguson.

Saskatchewan Archives

A Matter of Life and Breath, A History of the Saskatchewan Lung Association, Jean B. D. Larmour.

R. G. Ferguson, Crusader against Tuberculosis, C. Stuart Huston, Hannah/Dundurn, 1991

Encyclopedia of Saskatchewan, University of Saskatchewan.

Traduit de l’anglais par l’auteure.

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