Extrait

Dans Les perles de Ludivine, les conditions de vie de Ludivine et de son frère Virgile sont très difficiles, mais ils découvriront que malgré leur pauvreté, ils peuvent venir en aide à d’autres, encore plus démunis. C’est grâce à ce geste qu’ils vivront des aventures qui les mèneront au bout d’eux-mêmes.

De ses mains nues, Virgile cassa les branches et revint à la grotte les bras chargés de bois. Sachant bien que ce bois vert ne serait bon à rien avant longtemps, il repartit en quête de bois sec. Un merle l’accompagna de son chant jusqu’au bord de la rivière. Apercevant une belle branche sèche aux abords d’un fourré, Virgile quitta le sentier pour aller la ramasser. En se penchant, il remarqua une forme pelotonnée à la base d’un rocher. Qu’était-ce donc? Il s’approcha lentement, étira le cou pour mieux voir et constata qu’il s’agissait d’une fillette. À peine vêtue, la pauvre enfant grelottait de tous ses membres.
– Que fais-tu là? demanda Virgile.
N’obtenant pas de réponse, il répéta sa question.
– Hé! Qu’est-ce que tu fais là?
– Rien, répondit l’enfant d’une voix à peine audible.
– Comment ça, rien?
– Allez-vous-en!
– Tu es bien revêche, dit Virgile en s’approchant.
– Ne me touchez pas!
– N’aie pas peur. Je ne te veux aucun mal.
La petite leva la tête et son regard croisa celui de Virgile. La frayeur qu’il lut dans ses yeux lui tordit le cœur.
– Tu n’as rien à craindre de moi.
– Qui êtes-vous?
– Je suis Virgile.
– Qu’est-ce que vous faites ici?
– Je ramasse du bois.
– Eh bien, allez en ramasser ailleurs.
– Pourquoi me parles-tu sur ce ton? Je ne t’ai rien fait. Dis-moi plutôt ce que toi, tu fais là.
– Partez, je vous dis! rétorqua l’enfant en claquant des dents.
– Mais pourquoi restes-tu là à frissonner? D’où sors-tu?
– Allez-vous-en! répéta la fillette en éclatant en sanglots.
– Qu’y a-t-il, petite? Pourquoi pleures-tu ainsi?
Virgile s’approcha de l’enfant qui pleurait à chaudes larmes, le visage crasseux enfoui dans ses bras croisés. La pauvre ne portait qu’une camisole et un caleçon maculés de terre et de boue. Virgile s’accroupit aux côtés de la petite et toucha sa chevelure de sa large main. La fillette se dégagea violemment et le toisa.
– Ne me touchez pas!
– Oh là! Rentre tes griffes et cesse de pleurer.
Fut-elle rassurée ou tombait-elle tout bonnement d’épuisement? Toujours est-il que ses sanglots diminuèrent d’intensité.
– Voilà. Ne pleure plus. Je suis là.
L’enfant effarouchée faisait peine à voir. Elle avait dû beaucoup pleurer, car son visage était tout rouge et bouffi, et ses larmes avaient tracé des sillons qui laissaient voir une peau claire sous la crasse. Un si gros chagrin pour une si petite créature. Virgile sentit sa gorge se serrer.
– Qu’est-ce qui te fait tant pleurer?
– C’est mon oncle qui vous envoie me chercher?
– Pas du tout. Je ne connais pas ton oncle. Je ne connais pour ainsi dire personne.
– C’est vrai? demanda la petite entre deux hoquets.
– Ludivine ne m’a pas appris à mentir.
– Qui est Ludivine?
– C’est ma sœur.
– C’est un joli nom.
– En effet. Et elle est jolie, en plus. Tu aimerais faire sa connaissance?
– Peut-être, mais je dois rester cachée. Je ne veux pas retourner chez mon oncle.
La terreur se lisait sur son visage. L’enfant, à qui Virgile ne donnait guère plus de huit ou neuf ans, semblait avoir vécu des événements qui n’étaient pas de son âge. Il remarqua des ecchymoses et des cicatrices sur ses bras maigrelets. Certaines blessures semblaient récentes.
– Quel est ton nom?
– Pucette.
– Cet oncle chez qui tu ne veux pas retourner, où vit-il?
– De l’autre côté de la rivière, dans un immense château que je déteste.
– Et toi, où vis-tu?
– Chez mon oncle.
– Tu ne veux pas que je t’y ramène?
– NON! s’écria Pucette en se tassant contre le rocher.
Elle se remit à pleurer. Virgile aurait voulu la réconforter, mais il ignorait comment faire.
– Tu veux que je t’amène chez moi?
– Est-ce que tu vas me battre?
– Te battre? Jamais de la vie! Quelle idée!