Extrait

Réfugiés dans une école abandonnée, les personnages qui évoluent dans Les fantômes de Spiritwood sont inquiets, certains ont peur, même s’ils refusent de l’avouer, mais cela ne les empêche pas de tenter d’entrer en contact avec les esprits. Certains y crient, d’autres pas.

– J’ai une idée, dit Alex.
Elle a pris son téléphone.
– Faisons comme dans les émissions de télé sur le paranormal.
– C’est arrangé avec le gars des vues ces émissions-là, dit Britney.
– Tu peux bien penser ce que tu voudras, dit Alex. Dans ces émissions-là, souvent ils enregistrent des voix.
– Tu veux parler des PVE? dis-je. Les phénomènes de voix électroniques?
– Oui. Si on enregistre avec un appareil numérique, on peut entendre des voix qu’on ne détecte pas à « l’oreille nue », si je peux dire, parce que la fréquence est trop basse.
– Comment ça marche? dit John.
– On pose des questions et on laisse du temps pour que l’esprit réponde, et on entend les réponses seulement quand on écoute l’enregistrement.
– Des conneries! dit Reggie. Brit a raison, c’est arrangé avec le gars des vues. Ça ne se peut pas.
– Vous êtes malades de croire à des niaiseries pareilles, dit Britney.
Elle nous insultait, mais j’aurais juré qu’elle était au bord des larmes.
– Allez, essayons, dit John. Tu peux enregistrer avec ton téléphone?
– Oui, dit Alex. Je peux aussi prendre des photos et faire des vidéos. J’en ai un pas mal drôle de mes chats. Je vous le montrerai à un moment donné. OK tout le monde, taisez-vous. Vous ne dites pas un mot. Compris?
On a gardé le silence. Seule la pluie tombant sur le toit faisait du bruit. Alex a appuyé sur record avant de déposer l’appareil au milieu du cercle.
– Tu devrais dire quelque chose pour qu’on sache si ça enregistre, dit John.
– Tu viens de le faire. Merci. Est-ce qu’il y a quelqu’un dans la salle?
– Ben oui, épaisse! dit Reggie. On est cinq.
– Reg, ferme-la, s’il te plaît. Est-ce qu’il y a un esprit dans la salle?
Elle a laissé quelques secondes s’écouler avant de poser une autre question.
– Qu’est-ce que vous faites ici?
Les secondes ont passé dans le silence.
– Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour vous?
Encore un long silence.
– Qu’est-ce que je peux demander d’autre? murmura Alex.
J’avais une question.
– Comment êtes-vous mort?
Dès que j’ai eu prononcé le mot mort, un bruit a commencé. Quelque chose tapait contre le sol. J’ai allumé ma lampe de poche. À l’autre bout de la pièce, j’ai vu un pupitre qui se soulevait et frappait le plancher à toute vitesse. Tape! Tape! Tape! Tape! Tape! Le bruit était incessant. Alex a stoppé l’enregistreuse. Le pupitre s’est aussitôt arrêté de sauter.
– Qu’est-ce que vous dites de ça? dit Alex.
– On dirait que quelqu’un n’aime pas qu’on enregistre, dit John.
– On dirait que vous nous prenez pour des valises, dit Reggie.
– On dirait que quelqu’un n’aime pas qu’on pose des questions, dis-je. Fais jouer l’enregistrement pour voir.
Alex l’a fait jouer. On pouvait entendre un léger bruit de fond. Probablement la pluie. Puis les commentaires de John et de Reggie, et ensuite la première question d’Alex. « Est-ce qu’il y a un esprit dans la salle? » Le silence qui suivait a été interrompu par un bruit sourd, comme si quelqu’un parlait dans une boîte de conserve. Une seule syllabe. Un oui, peut-être? L’enregistrement a continué. « Qu’est-ce que vous faites ici? » Une voix un peu plus claire a prononcé un mot difficile à saisir. « En…é »
– Entêté? dis-je.
– Enfermé? dit John.
– Enterré? dit Alex.
L’enregistrement continuait. « Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour vous? » Aussitôt, un retentissant « Oui! » est sorti de l’appareil. J’ai eu la chair de poule. Puis, dès que la question « Comment êtes-vous mort? » a été posée, la voix s’est à nouveau fait entendre, mais une autre voix, ou plutôt un râle, l’a couverte. Puis, on a entendu le bruit du pupitre qui sautait et le grincement a recommencé. Lui, il était live. J’ai tout de suite éclairé le tableau. Là, sous nos yeux, on a encore une fois vu des mots se former. Toujours le même.

DEHORS! DEHORS!