La grande dictée 2011 du SEFFA

Diffusée sur les ondes de Radio-Canada, Saskatchewan, le 15 mars 2011

Je n’ai plus peur de la dictée!

Je l’entends encore nous dire, le lundi matin : « Sortez vos cahiers. Nous allons faire une dictée. » Chaque fois, je frissonnais de dégoût. J’ouvrais mon cahier et prenais mon crayon d’une main tremblante, sachant que j’allais encore faire des fautes. Je savais que la page toute blanche serait bientôt couverte de ratures rouge vif. À cause de cette enseignante zélée, j’en suis venue à détester les lundis matin (ou matins), moi qui pourtant adorais l’école. Je ressens encore un mélange de peur et de honte lorsque j’entends le mot « dictée ».

Dès notre retour en classe, après une fin de semaine de liberté, encore ensommeillés, nous devions replonger le nez dans nos grammaires. La voix sèche et pointue de cette femme venue de France résonne encore dans ma tête comme elle résonnait à l’époque dans la salle surchauffée. S’il est vrai que les murs ont des oreilles, ils devaient eux aussi être las d’entendre mémère la virgule déclamer des textes rédigés dans le seul but de prendre en défaut des écoliers réfractaires aux règles de la langue française.

Je n’étais pas la seule à détester autant la grammaire que l’enseignante qui, lunettes sur le bout du nez, récitait le texte en articulant à outrance. Elle défilait lentement entre les rangées de pupitres, multipliant les entourloupettes pour nous faire trébucher au détour d’une phrase au style biscornu. Telle une dentellière des mots, elle ciselait ses phrases, multipliait les épithètes et les fleurs de langage dans une rhétorique à nous faire tourner en bourrique.

L’écolière apeurée que j’étais a maintes fois imploré le ciel de lui infuser les connaissances nécessaires pour décrocher un A, mais elle n’a jamais été exaucée. Tout au plus a-t-elle redoublé d’ardeur pour maîtriser cette langue sophistiquée qui propose une panoplie de vocables pour nommer une seule et même chose. Et voilà qu’aujourd’hui, je me vois infliger le même supplice à mes semblables. Qu’à cela ne tienne! Corrigeons nos erreurs, tous en chœur, moi y compris, car même devenue écrivaine, mon chemin n’est pas exempt de cahots ou chaos). Le génie de la langue française, tel un enfant rebelle, m’échappe toujours. Mais à quoi bon ressasser des souvenirs douloureux? Laissons derrière la satanée grammaire et partons à l’aventure, plongeons dans la lecture d’un roman réconfortant.

© Martine Noël-Maw 2011

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