Extrait

Dans cette scène tirée de Le trésor du Wascana, Christophe, Isabelle et son frère Marcel entreprennent des recherches nocturnes dans le but de retrouver la petite Zoé qui a disparu dans des voies souterraines. C’est en suivant sa trace qu’ils découvriront un trésor enfoui depuis des siècles au bord du lac Wascana. Un trésor, mais aussi une légende liée au massacre des bisons des Prairies.

Christophe mit une énorme paire de lunettes noires munies d’œillères.
– Qu’est-ce que tu fais? dit Marcel. Tu ne verras rien avec ces grosses barniques.
– Il a raison, ajouta Isabelle sans avouer que ça lui donnait l’air ridicule.
– Au contraire, dit Christophe dont la confiance n’était en rien ébranlée. Ce sont des lunettes de vision nocturne.
– Comment ça marche? demanda Isabelle.
– Ça fonctionne sur le principe du photomultiplicateur. Ça permet de voir dans l’obscurité en amplifiant les photons détectés dans les sources de lumière, même très faibles, comme les étoiles et la lune. Ici, on peut aussi compter sur les lumières de la ville.
Soudain, Isabelle aurait voulu en avoir, elle aussi, de grosses lunettes laides.
– C’est plus pratique que de tenir une lampe de poche, ajouta Christophe. Et ça n’attire pas l’attention.
C’est à ce moment qu’il remarqua l’énorme torche électrique de Marcel.
– Qu’est-ce que tu fais avec ça? Tu pourrais assommer quelqu’un avec ce machin. Tu n’as pas quelque chose de plus discret?
Marcel regarda sa lampe, l’air perplexe.
– Non.
– Bon, tant pis. Ça doit éclairer un rayon de vingt mètres cette affaire-là, alors ne l’allume qu’en cas de besoin.
– D’accord.
– On va reprendre les recherches là où on les a laissées ce midi, annonça Christophe.
Le garçon ajusta ses lunettes et alluma sa caméra S-pion. Après s’être tourné vers le nord, il pointa la caméra au sol. L’image était très claire. Il avait eu raison d’attendre la nuit. Il commença à marcher, lentement, en balayant de gauche à droite. Son instrument détecta de petites zones de chaleur, mais rien qui aurait pu être Zoé. Il était suivi à sa droite d’Isabelle, et à sa gauche de Marcel. Ils entendirent un long gargouillis dans la nuit. Christophe s’arrêta et se tourna vers ses amis.
– Qu’est-ce que c’est?
Aussitôt, un autre gargouillis se fit entendre.
– C’est mon estomac, dit Marcel.
– Après tout ce que tu as mangé au souper… murmura Isabelle.
– Ce n’est pas ma faute.
– Ça va, taisez-vous, dit Christophe en retournant à ses affaires.
Marcel et Isabelle le suivirent en silence. À l’écran de la caméra S-pion apparaissait un filet orangé indiquant un tunnel dans lequel de la chaleur était emprisonnée.
Pieds nus dans la rosée, Isabelle frissonnait sous sa veste de laine. Le trio avançait lentement. Ils ont d’abord marché à travers la cour des Olsen, les voisins immédiats. Puis, ils ont traversé la rue. Arrivés de l’autre côté, ils passèrent en diagonale sur le terrain des Fortier. Isabelle aperçut quelqu’un à une fenêtre.
– Grouillons-nous! Quelqu’un nous a vus, murmura-t-elle.
– Si je vais trop vite, je vais perdre la trace et ce sera à recommencer, dit Christophe.
Ça n’a pas été facile de sortir de la cour des Fortier. Pour ce faire, ils ont dû franchir une clôture haute de deux mètres. Marcel s’est fait prier pour faire la courte échelle à Christophe et à Isabelle avant d’enjamber la clôture par ses propres moyens. Il ne s’était pas entraîné depuis plus d’une semaine et se sentait empoté.
Derrière la maison des Fortier se trouve la pépinière municipale. C’est là, tout près du lac Wascana, que poussent des arbres d’essences variées destinés à être replantés à travers la ville. Cèdres, sapins, ormes et érables s’y côtoient.
Tel un élève studieux, Christophe était concentré sur sa caméra thermique et avançait à un rythme régulier. Pour leur part, Marcel et Isabelle marchaient plus lentement. C’est que l’endroit n’était pas éclairé et ils n’y voyaient rien. Marcel décida d’allumer sa torche électrique. La lumière soudaine dans la nuit fut un choc pour tous les trois.
– Qu’est-ce que tu fais? lança Christophe. Éteins ça, vite!
– Je ne vois pas où je mets les pieds, se plaignit Marcel.
– On n’a pas des lunettes comme les tiennes, ronchonna Isabelle.
– On n’est pas censés être ici, dit Christophe. Tu vas alerter tout le voisinage avec ta foutue torche.
C’est alors qu’ils entendirent un véhicule venant dans leur direction.